Plumes vaccinostyle

C'est le truc impossible sur internet. Le genre qui ne passe pas sur les écrans. Du trait noir et blanc tout fin, sur un écran, ça pixellise de travers, ça moire, ça met des couleurs là où il n'y en a pas. Il faut une basse résolution, qui transforme le tout en une bouillie grisâtre. Ou alors, tout de suite le grand format, où la hachure se révèle et où on perd l'effet d'ensemble. Et voici pourquoi l'écran n'a pas encore tout-à-fait détrôné le papier, tant que subsistent les gratteurs (faut dire qu'ils subsistent de moins en moins).
Contes de la Vallée d'Aure

Ci-contre, l'illustration de la tête du géant de la vallée d'Aure, Mulat-Barbe aux quatre-z-yeux.

Carte à gratter

La carte à gratter ? il y a celle qui permet de savoir que vous n'avez rien gagné, sinon le droit de jouer pour gagner des millions, en grattant un petit rectangle doré ou argenté. Ce n'est pas celle-là. Avec la mienne, on sait déjà qu'on va travailler longtemps pour gagner très peu. La carte à gratter est un support de carton recouvert d'une couche de matière minérale blanche. Parfois, c'est tout. D'autres fois, la matière blanche est recouverte à son tour d'une couche noire uniforme. Quand on gratte cette surface, on obtient un trait blanc, comme si on faisait une gravure. Sur la carte blanche, il faut d'abord dessiner, ou passer de l'encre ou de la peinture, qu'on peut ensuite gratter : dans ce cas, le grattage sert à affiner les traits et à modifier le dessin. Pour gratter, on se sert de ce qu'on veut : un scalpel, un bistouri, la lame d'un cutter, une plume vaccinostyle (image ci-contre, Wikimédia Commons, cliquez dessus pour accéder à l'article Carte à gratter (dessin) sur Wikipédia) ou n'importe quel outil qu'on s'est fabriqué. On peut travailler dessus avec ce qu'on veut, du crayon, de l'encre de couleur… Mais la manière classique, c'est l'encre (de Chine) noire. On procède par hachures et on peut se prendre pour un graveur sur bois. J'ai fait beaucoup de publicité en utilisant la carte à gratter (le côté traditionnel-authentique-poutres apparentes), ce qu'on appelle, quand c'est fait par un spécialiste, le trait anglais ; et j'ai fait aussi pas mal d'illustrations de livres (les Chroniques démoniaques et drolatiques de Raoul Lambert, Le conte de Jean de l'Ours, Rampono de moi-même tout seul, les Contes, légendes et récits de la vallée d'Aure de Franz-Emmanuel Petiteau, la collection Les Essentiels Milan) et beaucoup de bandes dessinées (les planches parues dans Métal hurlant, les Contes de Gascogne, La Fille du Capitoul…).Mulat-Barbe