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L'Optimiste Révolutionaire

On commence avec une faute dans le titre, mais celle-là, c'est exprès. C'est pour garantir l'authenticité. Le texte ci-contre n'est pas vraiment inédit, puisqu'il fut édité, et même en plusieurs versions, en cherchant bien on peut en trouver sur l'internet, la grande source de découvertes et quelquefois, de désillusions.

    Il y a quelque temps, j'aurais triomphalement exhibé ce document rare, et proclamé que c'était l'œuvre d'un Lactorate anonyme mais assez génial.

    Aujourd'hui, non.

    C'est un petit cahier à couverture bleue, en papier vergé rempli d'une petite écriture fine à l'encre brune. Évidemment à la plume (d'oie, ou de corbeau ?). Il n'y a pas de nom d'auteur, ni aucune indication d'origine ou de propriétaire.

    D'où vient-il ? Bon, je vais encore raconter ma vie. Dans mon enfance, nous habitions rue Nationale, en face de la mercerie de Mademoiselle Espagne. Berthe Espagne vivait là, dans un grand appartement au-dessus du magasin, avec sa très vieille mère dont je conserve un vague souvenir. Le père de Mademoiselle Espagne y était déjà mercier au XIXe siècle. La famille était donc solidement implantée sur place, mais je ne sais rien de sa généalogie ni de ses racines. Toujours est-il que Mademoiselle Espagne, restée seule, détenait un héritage lointain qui remplissait son appartement de meubles, de livres, d'innombrables objets, sans parler des bouteilles de grands crus prestigieux qu'elle ne buvait pas et qui avaient depuis longtemps tourné à la mixture noirâtre (dommage). Entrer chez elle, c'était sauter cent ans en arrière. Dans le grand salon sombre, rempli de tentures, de meubles vernis, de bibliothèques, trônait un énorme samovar de cuivre, et sur une table, il y avait la Bible, la grande Bible illustrée par Gustave Doré. Nulle part ailleurs elle n'aurait été mieux à sa place. Les rares fois où j'étais autorisé à entrer, et à en feuilleter les immenses pages, j'étais saisi d'admiration et de respect. Je ne suis pas devenu Gustave Doré pour autant, mais je sentais ma voie toute tracée et c'est bien là qu'elle m'est apparue, ma voie, dans le décor qui allait avec (je vous la joue naissance d'une vocation, pour le lyrisme, mais il faut un peu se calmer. Même si cela a bien dû jouer un poil).

    Devenue vieille et impotente, Mademoiselle Espagne avait besoin d'aide dans sa vie quotidienne, et c'est ma maman qui s'en chargeait. La vieille demoiselle était généreuse et distribuait sans compter. Loin d'en profiter (on est comme ça, nous autres, peut-être couillons, mais honnêtes), ma mère refusait le plus souvent, et acceptait parfois (en proposant de payer), quand ça pouvait être utile, des petits meubles, des objets divers dont la valeur nous échappait. Mademoiselle Espagne avait, entre autres, hérité du général Subervie. Son grand uniforme (que je n'ai jamais vu, mais dont on parlait beaucoup) et beaucoup de choses de son temps. Un jour, elle m'a donné ce petit cahier, qui d'après le papier, l'écriture et surtout le texte, remontait au Premier Empire. Avait-il appartenu au général, à quelqu'un de sa famille proche, je ne sais pas.

    Longtemps j'ai eu envie d'en faire un petit livre, illustré bien sûr. J'étais donc persuadé que c'était l'œuvre d'un poète amateur local, qui s'était amusé à faire revivre les événements politiques qui s'étaient succédé dans la France de Louis XVI jusqu'à celle de Napoléon Ier, par un personnage de Gascon typique et un narrateur détaché, parfaitement neutre à tous égards.

    En y réfléchissant bien, on voit que non, ce n'est pas un texte écrit par un Gascon. Certes, un Gascon peut savoir se moquer de lui-même et de ses compatriotes, et même avec férocité. Mais nous avons ici un Gascon de pure convention, un cliché du Gascon tel qu'il a été longuement représenté depuis l'après-Henri IV, quand Malherbe se chargeait de dégasconiser le langue française et que les preux guerriers jusque-là admirés étaient remplacés par leurs caricatures, matamores vantards, menteurs, vaniteux, à l'accent évidemment caractéristique et aux jurons sonores quoique limités, sandis, cadédis, alors que nous en avions bien d'autres. La recette est simple, remplacez les b par des v, et réciproquement. Seulement, vu qu'on en oublie forcément ici où là, le procédé saute vite aux yeux, comme ces gens du Nord qui croient imiter l'accent méridional en ajoutant des e à la fin de chaque mot, y compris là où il n'y en a pas, mais qui en oublient là où ils devraient être (comme les méridionaux qui essaient de parler pointu). Tout ça n'a pas une grande importance. La neutralité du narrateur aurait dû me mettre sur la voie sur sa nationalité…

    L'auteur de ce poème n'est pas anonyme, ce n'est pas un inconnu, il a été célèbre en son temps, même si son nom est maintenant un peu éclipsé. Si je vous chante :

Je suis tombé par terre,
C'est la faute à Voltaire
Le nez dans le ruisseau,
C'est la faute à Rousseau

 la fameuse chanson de Gavroche dans Les Misérables du père Hugo : elle s'inspire d'une chanson écrite par Béranger, qui avait sans doute lu ou entendu celle de Jean-François Chaponnière, qui disait

« Si le diable adroit et fin
À notre première mère
Insinua son venin,
C'est la faute à Voltaire.
Si le genre humain dans l'eau,
Pour expier son offense,
Termina son existence,
C'est la faute à Rousseau. »

    Voltaire et Rousseau, accusés conjointement par les anti-révolutionnaires d'avoir par leurs écrits pernicieux provoqué la Révolution française, étaient donc depuis longtamps associés dans des chansons, et c'est Chaponnière qui a commencé.

Jean-François Chaponnière

    Jean-François Chaponnière est en effet un Suisse, né en 1769 (la même année que Napoléon et Lannes) à Genève, et mort dans cette ville en 1856. C'est un banquier, juriste, journaliste, poète, auteur de chansons. Amateur et connaisseur de Rousseau, au point de créer le Cercle des Amis de Jean-Jacques. Il a donc écrit et publié cet Optimiste Révolutionaire, vers 1808, qui a connu un immense succès. Ce ne devait pas être un livre cher, mais à l'époque le piratage existait déjà, c'était le moyen de diffusion le plus facile : il suffisait de recopier, par exemple sur un petit cahier à couverture bleue… et c'est comme ça que ce Gascon de Genève s'est retrouvé à Lectoure, au bout de je ne sais quel périple. C'était de la copie à usage privé. D'autres petits malins n'ont pas hésité à sauter sur le filon, et à recopier le livre pour en faire une nouvelle mouture augmentée (sans verser ses droits à l'auteur pillé), parce que l'Histoire ne s'arrête pas, les événement se succèdent, l'empereur abdique, les rois reviennent, et le Gascon est toujours optimiste et toujours content. Seulement, à trop en faire, la leçon devient fastidieuse et perd le charme de l'original.

    Original que je pense très fidèlement recopié sur mon petit cahier bleu, que j'ai non moins scrupuleusement retranscrit ici, dans l'orthographe et la ponctuation de l'époque❦

L'OPTIMISTE RÉVOLUTIONAIRE

Le Gascon Heureux et Sage

Il est des gens que le ciel favorise,
Le noir souci ne les atteint jamais.
Rien ne saurait exciter leurs regrets
Oû leur causer de fâcheuse surprise.
On les voir toujours satisfaits.
Que le feu de la canicule
Dessèche nos guérets, les dessèche, les brûle
— Bon, disent-ils, le vin sera meilleur.
Pour mûrir le raisin il faut de la chaleur.
Sommes-nous inondés de pluie ?
— Quel tems heureux pour la prairie,
S'écrient-ils, la verdure en tout lieu
Va reparaître, et récréer nos yeux.
Les coups redoublés du tonnerre
Semblent-ils menacer la terre,
Entend-t'on mugir les autans,
La grêle, les débordemens
Exercent-ils leur fureur meurtrière :
— Voilà, disent nos bonnes gens,
L'atmosphère qui se dégage.
Cela convient de tems en tems ;
L'air est plus pur après l'orage !
Un ami leur meurt-il, il est mort, ah ! tant mieux,
Il était souffrant, malheureux,
Il est en paix, Dieu veuille avoir son âme.
Je vous laisse à penser si l'un de ces Messieurs
Fait des cris quand il perd sa femme.
Sont-ils cocus, jamais d'emportement,
Avec douceur et patience,
Ils supportent le cas. À quoi sert le tourment ?
Le bien leur arrive en dormant,
Point de souci pour la pitance.
Est-il un état plus charmant !
Et qu'importe, après tout, d'où provient l'abondance ?
Elle existe, il suffit. Aise et tranquillité,
C'est leur devise. Enfin des choses de la vie
Ils ne voyent jamais que le brillant côté.
Heureux mortels ! Que je vous porte envie !

Mon carabin est un de ces élus.
Joyeux gascon s'il en fut dans le monde,
Tout irait de travers sur la machine ronde
Qu'il n'en rirait ni moins ni plus.
Un événement politique
Vient-il changer la face d'un état ?
Mon homme approuve, il admire, il combat
Toute plainte, oû toute critique.
Il vous dit d'un air important
« Il fallait ça, sandis ! Nous allons mainténant
« Être heureux, lé passé né balait pas lé Diavle.
« L'abénir sera délectable ;
« En attendant jouissons du présent.
Dans ces tems ou l'effervescence
Avait gagné tous les esprits,
Où l'incendie allumé dans Paris
Mettait en feu toute la France,
Je vois un jour, arriver mon frater,
Se rengorgeant, l'air agréable et fier.
— Comment ! C'est vous. Pourquoi cet uniforme ?
Ce grand plumet, cette cocarde énorme ?
« Pourquoi, sandis ! et né sabez-vous pas
« Qu'on a mis la novlesse à bas,
« Qué nous sommes égaux ; qué lé roi Louis Seize
« A restauré la liverté française,
« Qué nous né sommes plus sujets, mais nation,
« Qu'aujourd'hui c'est fête puvlique,
« Qu'on bient dé proclamer la fédération,
«  Et qué jé bais d'affection
« Y prêter le serment cibique ?
« Eh donc ! N'est-ce pas magnifique !
— Ces commencemens sont fort beaux ;
Vous lanternez les gens, vous brulez les chateaux,
Vous pillez… « Ah, quelle mauviette !
« Avec vos propos doucereux
« Vous n'êtes qu'une femmelette ;
« Et sandis, sans casser des œufs,
« Pourrait-on faire une omelette ?
« Si l'on s'est montré rigoureux,
« Il fallait ça. La novlesse et les prêtres
« Prétendaient nous donner à retordre du fil,
« Mais lé patriote est subtil.
« Il a su démasquer les traîtres.
« Il rira bien, qui le dernier rira ;
« Malgré leurs dents, cadédis, ça ira !
« Lé roi lé veut. C'est un monarque habile,
« Ferme, prudent, sage, dé vonne foi.
«La nation, la loi, lé roi,
« Voilà lé noubel évangile.
« Adieu, mon cher, jé vole avec ardeur
« Au Champ de Mars. » Il part d'un air vainqueur.

La Révolution, d'une marche rapide,
Parcourt son cercle destructeur,
Et de la liberté le grand restaurateur
Tombe sous la hache homicide.
Je croyais le gascon plongé dans le chagrin,
Il arrive le front serein ;
« Eh bien sandis ! Grande noubelle,
« Lé Dardoun* il n'est plus. Sans prendre de tabac,
« Il bient d'éternuer au sac.
(*Le roi)
« C'était bien entre nous le plus grand imvécile,
« Un traître qui nous abusait,
« Aux ennemis il nous vendait.
« Son trépas en épargne mille.
« Il fallait ça. D'ailleurs qu'est-il besoin d'un roi ?
« Pour soubérain n'avons-nous pas la Loi ?
« Lé grand malhur qu'il faille se résoudre
« À se passer de messieurs les Bourbons.
« C'est, mon cher, trente millions
« Qui rentrent dans lé sac à poudre.
« Plus dé tyrans ! Gorsas, Brissot, Péthion
« Et cette Gironde énergique
« Vont gouberner la nation
« comme des Dieux. C'est mon opinion
« À bas lé roi, bibe la répuvlique. »

L'audace, la fureur, les revers, les succès,
Signalent tour à tour cette époque sanglante.
La raison fuit, et sur le sol français
Règnent le deuil et l'épouvante.
Des législateurs inhumains
De Néron, suivant les maximes,
Tour à tour bourreaux et victimes,
Meurent sur l'échafaud qu'avaient dressé leur main.
Nobles, prêtres, fédéralistes,
Suspects, modérés, Girondins,
Cordeliers, feuillans, alarmistes,
Tout tombe, tout périt sous le fer assassin.
Qui pourrait échapper à la fatale liste !
On nageait dans le sang ; j'apperçois mon barbier :
« Ah té boilà ! — Vous êtes familier.
« Doucément, point dé vous, il faut sé mettre à l'ordre,
« Qui né s'y met sé fera mordre.
« Cadédis ! né badinons pas,
« On sé tutoie, il faut té mettre au pas
« Ou tu férais suspecter ton cibisme.
— Ah ! Laissez-moi, votre patriotisme
Me fait horreur. Comment justifier
Tous vos excès ? Comment les pallier ?
« Bah ! Qué dé bruit ! d'où bient cette colère ?
« Et qu'a-t-on fait, que l'on ne doive faire ?
— Oui, venez vanter tous ces exploits sanglans,
Les Girondins détruits — « C'étaient des intrigans. »
Les riches dépouillés — « Il faut dé la finance. »
Les prêtres — « Voudrais-tu soutenir cette engeance,
« Voudrais-tu toujours nous voir menés,
« Comme des dindons, par le nez,
« Veux-tu croupir dans l'ignorance,
« Pour moi jé suis honteux d'avoir été chrétien,
« C'en est fait, jé né crois plus en rien,
« Et jé dis qu'il faut une chasse
« Sur les cagots comme sur la bécasse.
— Mais les savans… « L'on saura s'en passer.
— L'agriculteur… « Veut tout accaparer.
— Le maximum abîme le commerce.
« C'est un conte dont on te berce.
« Et d'ailleurs, où serait lé mal,
« Quand tous ces brocanteurs iraient à l'hôpital.
« Le luxe n'est pas fait pour une république,
« Il ruine les grands états ;
« Tous laboureurs, ou tous soldats,
« Il faut ça. Vois la Grèce antique.
« Déjà pour se régénérer,
« Dans toute la France on se pique
« De l'imiter. J'ai pris un nom républicain,
« Je ne m'appelle plus Latrousse, Mais Tarquin.
« L'on m'a dit au Club, que cet homme
« Avait sauvé la Liberté de Rome. 
— Sottise !… — « Cé qu'on fait moi jé l'approuve fort.
« Pour mener la barque à bon port
« La guillotine est nécessaire.
« L'humanité, la douceur ou la mort,
« Il faut ça. Bibe Robespierre ! »

Ce Robespierre achève son destin,
Sous le glaive il expire enfin.
Le carabin, muni d'une gazette,
Vient tout joyeux m'annoncer la défaite
Des triumvirs. — « Sandis ils sont à bas
« Il était tems. Ce trio sanguinaire
« Toute la France aurait sauté le pas.
« On n'est pas des trembleurs au bord de la Garonne
« Mais d'après cé qué jé voyais,
« Sans vanité jé commençais
« À frissonner pour ma personne.
« Comme rien n'était respecté,
« Que le mérité était persécuté,
« Je pouvais avoir peur. La France s'est lassée
« De ce règne d'oppression
« Elle s'en est débarrassée.
« Il fallait ça. Bibe la Convention.

De Thermidor la faction chemine,
Entre ses mains tout languit, tout décline.
Plus de vigueur. Le soldat mal vêtu,
Plus mal payé, de détresse abattu,
Sent expirer toute son énergie.
Le peuple a faim, il se lamente, il crie.
De chûte en chûte un malheureux papier
À ses porteurs offre pour hypothèque
Tout justement sa valeur intrinsèque.
Je me disais : que pense mon barbier.
Il paraît sur ces entrefaites ;
— Eh bien ! — « Né dites mot ! Nous acquittons nos dettes.
« Pour du réel nous donnons du frétin.
« Des assignats la planche va bon train.
« Dé millions nous né sommes pas chiches.
« Dans peu de tems, mon cher, nous serons riches.
« Il fallait ça. » Pour guérir ces malheurs
Sur le pinacle on mit cinq Directeurs
Qu'on vit d'abord préluder avec gloire.
On respirait. Le frater triomphant,
De ce règneexaltait, proclamait l'excellence.
« Voilà donc lé goubernement
« Qui nous combient. Il est sage, prudent,
« Rien né saurait ébranler sa puissance.
« Il est, sandis, ferme comme le roc,
« Plus de faction, plus de choc,
« Plus de maux. Le bonheur commence.

Un guerrier part de l'Orient
Se reposant sur sa fortune.
Bravant les Anglais et Neptune,
Il franchit l'humide élément ::
Il arrive, et dans un instant,
Tout prend une nouvelle face.
Pour écarter les gouvernans,
Les chasser, se mettre à leur place,
Dissiper tous les concurrens,
Un jour suffit à son audace.
« Enfin, nous boila tous contens,
Dit le frater. « Cé pétit Bonaparte
« Cadédis, né perd pas la carte ?
« Il vient, crac… — Et vos Directeurs
Fermes, prudens ? « Bah ! C'étaient des voleurs,
« Sur le partage ils né pouvaient s'entendre.
« Ils se battaient, on devait bien s'attendre
« Qué ces grivois né sauraient nous méner.
« Un homme seul pourra mieux gouverner,
« Tout maintenir dans un juste équilibre,
« À l'avenir la France sera libre.
« Il fallait ça. » — Mais on peut redouter
Que sur le trône il ne veuille monter ;
Du sceptre un jour il peut avoir envie.
« Vous connaissez bien son génie !
« Comme César il est républicain.
« Ne croyez pas qu'à la couronne il rêve.
« Je l'ai rasé quand il vint de Genève,
« Et jé réponds du salut de l'état.
« Adieu, jé suis content. Bibe le Consulat. »

Une main vigilante et ferme
Dirige tout. Nos maux sont réparés.
Sur l'avenir les français rassurés,
À leurs malheurs osent prévoir un terme.
Ils exaltent leur chef, proclament ses exploits,
Et veulent par reconnaissance,
Tout le tems de son existence,
Marcher, combattre, et vivre sous ses lois.
De ce haut rang, de cette jouissance,
Notre héros peu satisfait,
Impatient vers le trone s'élance.
Tout réussit à son brillant projet.
À ses désirs, à ses vœux ;tout conspire ;
Et sans obstacle il arrive à l'empire.

Je vois Tarquin. Eh bien ? — Eh bien, sandis !
« Nous rébénons d'où nous sommes partis.
« Nous vivions bien alors, nous vivrons mieux encore.
« Il faudrait être une franche pécore
« Pour né pas applaudir à cet ébénement.
« La Monarchie est lé goubernement
« Qui nous convient.  — Et votre république ?
« C'était un projet chimérique
« Qué dé vouloir l'établir parmi nous,
« Il faut un roi. » — Mais réfléchissez-vous
Qu'avec le pouvoir monarchique
Renaîtra le clergé, la superstition ?
« Il faut au peuple une religion,
« Il est bon que parfois il se rende à confesse ;
« Je languis d'entendre une messe.
— Mais cette légion d'honneur ?
« Né faut-il pas une noblesse ?
— Mais cet éclat, ce luxe destructeur.
« Il faut ça, mon très cher, le luxe est nécessaire,
« Cadédis, avec ces tondus,
« Ces Caracalla, ces Titus,
« Jé né fesais que de l'eau claire.
« Mais maintenant le bon goût va régner ;
« Élégamment on se fera peigner.
« Nous reverrons la grecque, l'Évergette,
« Le hérisson, le catogan, l'aigrette,
« Et le fer à cheval, et l'aile de pigeon.
« Il fallait ça. Bibe Napoléon !

Ainsi parlait notre gascon,
Qui fut dans tous ces tems de tumulte et d'orage,
Le seul heureux, peut-être le seul sage.

  MàJ : 15 décembre 2016